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Paroles
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Lettre
à mon fils, lycéen...
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Il y a déjà quelques jours que la grève occupe mon esprit, mes jours, mon énergie, mes nuits aussi. Pourtant, ai-je pris le temps d'en discuter vraiment avec toi, et tes enseignants, pourquoi ne l'ont-ils pas fait eux aussi Cela explique peut-être ta réponse lorsque j'ai souhaité t'emmener à la manif : "cela ne me concerne pas".
Une école qui produit plus d'ennui que de jubilation. Une école qui ne fonctionne souvent qu'avec un "engrais qui ronge", la note, véritable fléau des mentalités, machine à dociliser, machine à fabriquer la "servitude volontaire" dont parle La Boétie. Une école qui, de tous ses rouages, du sommet à sa base, ne parvient qu'à accroître les inégalités devant le savoir, ne parvient qu'à faire endosser par chaque enfant sa propre responsabilité dans sa réussite ou dans son échec, sans remettre en cause ni ses choix politiques souvent aux antipodes des valeurs affichées de liberté et de laïcité, ni son fonctionnement hiérarchisé souvent aux antipodes des valeurs de démocratie, de solidarité et de fraternité, ni les pratiques de ses agents souvent aux antipodes des valeurs de citoyenneté et d'égalité ce qui explique en fin de compte sûrement comment se fabriquent des "citoyens" qui ne cessent de s'en remettre à d'autres pour penser à leur place, pour agir à leur place, des "citoyens" sourds, aveugles et muets, prêts à encaisser tous les coups comme s'il s'agissait d'une fatalité.
Comment imaginer que ces marchands, une fois dans la place, mettront leur argent au service de tous, au service public de l'éducation de tous les enfants quand on sait que le but de tout capitaliste n'est pas le bien commun de l'humanité mais la course à son propre profit et que pour cela, il vise non pas une société de liberté mais de libéralisme, non pas une société d'égalité mais d'acceptation des inégalités, non pas une société de fraternité mais d'exclusion ?
Je ne veux pas te léguer un monde du "chacun pour soi". J'ai confiance en l'homme, j'ai confiance en toi. Pourtant j'ai peur, j'ai peur pour nous tous, pour toi, pour tes frères et surs. Peur que ce que tes arrière-grands-parents, tes grands-parents, mes parents, ont conquis si difficilement, nous le perdions aujourd'hui. Peur que ce qui se trame hypothèque pour longtemps la vie des jeunes générations, non seulement pour les années de formation et l'entrée dans la vie active mais aussi pour la durée de travail prolongée au delà d'un âge raisonnable et une retraite indigne du temps passé en activité.
Toi, tu es en âge de t'engager aussi. Je sais, c'est difficile de penser qu'à 16 ans on peut construire des choses "pour la vie", c'est difficile de penser qu'un système, aussi imparfait soit-il, vaut le coup d'être défendu. Je suis convaincu pourtant que si l'école actuelle mérite d'être transformée, elle ne mérite pas d'être démolie et livrée aux appétits capitalistes. Pour ce qui est du système de la retraite, là aussi, des transformations sont nécessaires mais l'argent existe, il faut le prendre là où il est, faire payer les riches, les patrons, les grands financiers et non pas rogner sur les retraites des salariés ni allonger la durée des cotisations. Il faut prendre beaucoup plus là où il y a beaucoup plus.
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