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La ruse du langage libéral dans le primaire


Je viens d'assister comme d'autres à une réunion "d'animateurs de cycles" (11ième circonscription). Les animateurs pédagogiques nous ont présentés celle-ci comme la reprise d'une "traditionnelle rencontre" entre les animateurs de cycle, une tradition qui s'était étiolée au fil des ans.

Pourtant, il est visible que ces conseillers pédagogiques sont eux même sous la pression de leur hiérarchie qui veut que la politique des cycles donne des "résultats visibles"(en terme de réussite aux évaluations surtout). Preuve que le vers est déjà dans le fruit et que l'esprit de compétition libérale est déjà intériorisé par pas mal des conseillers pédagogiques et d'enseignants, on entendra des phrases du style "nous nous en tirons plutôt bien comparé à d'autres". Façon de flatter et d'engager les jeunes enseignants à entrer dans cette lutte des uns contre les autres, des écoles les unes contre les autres. Façon aussi de faire honte silencieusement à ceux qui ont de mauvais résultats).

Ambiance lourde et désarroi, parce que il est évident que tout le monde n'y voit pas clair dans ce langage des "compétences" (c'est un euphémisme!) intentionnellement flou (et certainement pédagogiquement fallacieux. On sait qu'on peut décliner une compétence quasiment à l'infini). Pour mémoire, chaque école est invitée à bâtir un "projet d'école" (un projet d'entreprise en quelque sorte), et dans chaque cycle, une progression personnelle, ainsi que l'adoption d'un "livret d'évaluation".

Ce qui est étrange dans cette affaire me semble-t-il, c'est la timidité des enseignants pour dire à quel point il est anormal que chaque école ait à éllaborer un "projet d'école", comme si les programmes, les objectifs ne devaient pas être déclinées de la même manière pour toues les écoles et les enfants de France et de Navarre. On sait combien les libéraux sont habiles à habiller leur lachages sociaux d'un langage de la liberté et de la responsabilité individuelle (allant même jusqu'à embarquer avec eux d'après Franck Poupeau et Sandrine Garcia les mots d'ordre anarchistes. cf "L'école de la remédiation" dans la revue Agone "L'education et ses contraires").

Autre malaise criant qui en dit long sur le malaise de l'institution. Un des animateurs de la conf citant l'exemple d'enseignants ayant choisi de travailler avec le même ouvrage très connu (diagonales en maths) dans un cycle sans s'apercevoir que cet ouvrage ne correspondait pas aux compétences requises. Comme s'il était maintenant de la responsabilité des enseignants de vérfier que les ouvrages qu'on leur présente correspondent bien aux compétences demandées (encore une délégation sur l'échelon inférieur. Imaginiez que vous alliez acheté votre bouffe sans qu'elle est été vérifiée par les services vétérinaires avant, et que vous soyez responsable de votre santé!)

L'école, une institution devenue folle, noyée sous de la paperasse illisible, voilà l'impression senssible que j'ai eu à cette réunion. Et des enseignants aveugles ?

Le "projet d'école", sous apparence de liberté pédagogique, est bien le symptôme principal de l'abandon de l'école pour tous....Bon, j'ai plus trop le moral moi. Entre la violence sociale ouverte de la droite (et ils auraient tort de se gêner) et la corruption et le manque d'intelligence de la "gauche" (qui a lu l'interview de Josiane Dragoni dans La Marseillaise d'hier? Elle y voit d'un bon oeil les partenariats de l'entreprise et de l'école. Le loup peut entrer dans la bergerie, on va le contrôler...), je ne vois que trop où on va...Ou je ne levois que trop!

Lionel Goutel, le 26/11/04

source : Coord educ Marseille


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