|
NON AU CPE,
ET APRES ?
Il a fallu des
décennies de luttes et de sacrifices humains pour créer
et améliorer le code du travail, les statuts, les conditions
de travail, les salaires, les solidarités (retraite, chômage,
maladie). Nous avons besoin de mémoire. Revenir
au 19ème siècle (travail de nuit à 15 ans)
et au Moyen-Age (CPE " contrat " féodal) est indécent,
indigne du 21ème siècle.
Plus les
niveaux de formation, les statuts, les salaires et les protections
sociales sont élevés, plus la productivité
et la santé de l'économie s'améliorent. Il
faut le rappeler au patronat et aux libéraux, qui veulent
rompre avec des décennies de progrès, pour les profits
colossaux des actionnaires.
Plus l'investissement dans la formation et la recherche, dans la
production et dans les services publics augmente, mieux l'économie
se porte et plus les jeunes et l'ensemble des citoyens ont confiance
en l'avenir.
|
Or, depuis
une vingtaine d'années, on n'investit plus, on vit
sur des acquis fragiles, on ne prépare plus l'avenir.
La démocratie elle-même est malade et menacée
: comment des lois impopulaires et contraires à l'intérêt
des peuples, comme le CPE, peuvent-elles être votées
?
Le non
à la constitution libérale de l'Europe, la crise
des banlieues (qu'on aurait tort d'assimiler à ses
seules dérives violentes) et l'énorme mobilisation
de la jeunesse contre le CPE traduisent à la fois une
inquiétude de l'avenir, un rejet des discriminations
et de la précarisation et
|
|
une
volonté de ne plus laisser les actionnaires décider
de notre destin. Ce sursaut de dignité, à
l'image de l'organisation remarquable des étudiants et
des lycéens, d'une maturité et d'un engagement
démocratique exemplaires, se heurte à l'inflexibilité
des libéraux, qui ne veulent pas stopper la destruction
de toutes les structures collectives : services publics, conventions
collectives et code du travail, syndicalisme. Au contraire,
les libéraux travaillent à une société
de précarité et de docilité, de contrats
individuels et de consommation aveugle.
|
Une partie
croissante des jeunes et les syndicats alternatifs savent que la
lutte contre le CPE n'est pas une fin en soi. Le retrait du CPE
serait certes un succès symbolique considérable contre
la libéralisation forcée de la société,
mais tout resterait encore à construire. Dans ce monde du
mensonge médiatisé, où la presque totalité
des médias est contrôlée par de grands groupes
financiers, il faut s'opposer aux libéraux, qui font de la
croissance (incertaine et suicidaire) la seule politique sociale
possible. Il faut débattre, libérer notre imagination,
mettre en chantier des formes inédites de progrès
social.
On ne changera pas grand-chose si on se contente de contester sans
bouleverser nos modes de vie, nos modes de pensée.
Voici [au verso]
une série de propositions pour débattre et aller de
l'avant.
Partons des besoins de la société pour définir
les emplois. Favorisons l'expression des citoyens pour débattre
des besoins et des emplois prioritaires. Pratiquons dans la vie
syndicale, à l'instar des étudiants et lycéens,
les AG fréquentes et décisionnelles, la démocratie
directe. Développons partout la démocratie participative,
les échanges, le contrôle des élus, qui doivent
nous représenter, nous consulter, nous informer, nous rendre
des comptes.
| -
Allons vers la société du temps libéré.
Partageons le travail nécessaire à nos besoins
par la réduction du temps de travail négociée.
Eduquons la jeunesse à utiliser ce temps libéré
pour des projets d'émancipation et de solidarité.
- Permettons
à tous, de la naissance à la mort, de vivre
dignement, grâce à un revenu universel d'existence,
remplaçant toutes les allocations (familiales, chômage
et RMI, retraite, etc
), les revenus du travail le complétant.
C'est économiquement possible !
- Renforçons
le code du travail et les statuts solides : CDI, fonctionnaires,
titularisation des précaires. La souplesse, la flexibilité,
le temps partiel, pourquoi pas, s'ils sont choisis, négociés,
et n'entraînent aucune précarité.
- Mettons
un terme aux hausses salariales en pourcentage car elles
augmentent les inégalités. Resserrons la fourchette
des salaires. Sortons du principe sacré des salaires
augmentant avec l'ancienneté. Favorisons l'autonomie
des jeunes. Refusons les salaires au mérite,
qui divisent les travailleurs au profit de la hiérarchie.
- Démocratisons
l'accès aux concours en baissant les niveaux de
recrutement. L'élévation des niveaux de compétence
peut et doit se faire tout le long de la vie professionnelle,
par une formation continue de haut niveau. Favorisons
le compagnonnage et les échanges de savoirs, la retraite
progressive avec transmission de l'expérience à
un jeune.
- Renforçons
l'Education Nationale en lui donnant les moyens (effectifs,
locaux, matériel) pour atteindre des degrés
d'exigence élevés : réussite pour tous,
intégration des handicapés
Renforçons
l'école maternelle, l'école de proximité
(rural, quartiers), les réseaux d'aide aux enfants
en difficulté, en créant des dizaines de milliers
d'emplois solides, en titularisant les précaires. Supprimons
l'apprentissage à 14 ans, revenons au collège
unique. Elevons le niveau de tous, en rénovant et en
diversifiant la pédagogie : projets coopératifs,
individualisation, développement de l'autonomie, de
la responsabilité, de la solidarité, de l'esprit
critique, de la créativité, échanges
de savoirs entre élèves, entre enseignants.
Favorisons l'innovation pédagogique. Refusons
la gestion libérale des personnels, favorisons le
travail en équipe et la responsabilisation de tous.
Refusons la multiplication des évaluations et la mise
en concurrence des écoles et des établissements.
Refusons l'intrusion des politiques (méthodes de lecture,
colonies
) des entreprises (publicité, interventions)
et des religions (atteintes à la laïcité)
dans les programmes et les contenus scolaires.
Rendons aux universités et aux chercheurs les moyens
de bâtir notre futur.
|
|
- Donnons
un statut équitable aux artistes et intermittents
leur permettant de vivre décemment de leurs créations.
- Défendons
et promouvons les services publics, démocratisons-les,
rendons-les accessibles à tous et partout. Développons
les services aux personnes, la solidarité, les liens
intergénérationnels. Rendons la santé,
les transports collectifs, les musées et expositions
gratuits pour tous.
- Mettons
en uvre une politique fiscale pour réduire
les inégalités et financer le développement
ambitieux des services publics.
- Favorisons
les structures économiques alternatives : les coopératives
de production et l'autogestion dans les entreprises. Aidons
les micro-projets économiques et le télétravail,
tout en développant les liens et les organisations
entre les personnes. Développons les Systèmes
d'Echanges Locaux et l'entraide.
- Ne
luttons pas avec nostalgie contre la modernité,
qui permet de supprimer, par exemple, des emplois pénibles
et ouvre la voie à de nouvelles formes de communication.
Mais utilisons les gains de productivité et les richesses
pour l'investissement social.
- Arrêtons
d'utiliser le progrès scientifique pour des fins irresponsables
(nucléaire, OGM) ou pour le contrôle des citoyens
(nanotechnologies). Appliquons le principe de précaution,
développons les projets alternatifs (énergies
renouvelables, matériaux de construction sains, agriculture
paysanne et bio, vente directe, commerce équitable),
luttons contre la politique sécuritaire (fichiers informatiques,
caméras omniprésentes, biométrie, puces
sous-cutanées
). Refusons de faire du profit
sur l'eau, l'air, l'énergie, les ressources non-renouvelables,
refusons de déposséder les paysans de leurs
savoirs. Non aux brevets du vivant.
- Assez
des discours, faisons de la lutte contre l'épuisement
de la planète une priorité et créons
massivement des emplois pour le respect de la planète
et de la biodiversité, pour développer les économies
d'énergie, le soutien à la démocratie
et à l'autodétermination des peuples du monde
entier, une véritable coopération internationale.
- Allons
vers une société de décroissance
où la citoyenneté aurait plus de valeur que
la consommation. Arrêtons de gaspiller, de consommer
de manière aveugle. Privilégions les produits
nécessaires et durables.
- Inversons
la logique libérale. Contrôlons la circulation
des capitaux et libérons la circulation des hommes.
Régularisons les sans-papiers.
|
|